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Stéphane Houdet en interview !

Numéro 1 mondial de Tennis Fauteuil, Stéphane Houdet est en interview sur Smash Marketing. Au delà du compétiteur qu’il est, Stéphane Houdet est également en mission pédagogique pour son sport, le tennis fauteuil. Décrié pour ses efforts d’innovations technologiques, d’évolution de son sport, Stéphane Houdet a répondu à toutes nos questions. Interview !

Stephane Houdet

Salut Stéphane, tu es de nouveau numéro 1 mondial de tennis fauteuil. De belles performances à l’Open d’Australie en simple et double. Es-tu satisfait de ton début de saison ?

Oui et non. C’est certain que redevenir numéro 1 mondial est une satisfaction mais ce n’est pas le même sentiment qu’à Roland Garros en 2012 lorsque je bats par la même occasion mon rival Japonais Shingo Kunieda. L’année dernière je fais la finale à Melbourne, là je perds en demi-finale. Mon rival Japonais perd au premier tour et du coup la bascule au classement s’est faite. Ce n’est pas un super résultat disons même si la place de numéro mondial est importante.

Objectif OR aux JO paralympiques de Rio ?

Oui ça va être une année importante avec aussi pour la première année Wimbledon en simple. J’ai hâte de pouvoir disputer ce tournoi en simple.

Comment prépares-tu tes JO ? As-tu déjà visité le Brésil, testé ton matériel dans les conditions des JO ?

Je n’ai pas spécifiquement de préparation pour ce tournoi. J’y suis allé il y à quelques années pour la Coupe du Monde et je sais aussi que c’est exactement la même surface qu’à New York donc je pars assez confiant sur l’adaptation. Je compte surtout sur la surface sur laquelle j’ai l’habitude de jouer et sur l’évolution technologique de mon fauteuil.

Justement, peux-tu nous parler de ce nouveau fauteuil ?

J’ai travaillé avec Corima le fabricant, et mon prothésiste, Chabloz Orthopédie, en étant très impliqué dans la R&D de ce nouveau fauteuil, des sensations de jeu de joueur valide debout que je voulais retrouver aux exigences de position que je souhaitais avoir. Ce sont eux qui ont ensuite designé le produit en fonction et géré l’ensemble de la conception pour que mes envies deviennent possibles, et que la pratique du tennis fauteuil puisse être amélioré pour toutes les surfaces.

As-tu plusieurs exemplaires et réglages en fonction des différentes surfaces ?

Comme tu le sais j’ai travaillé avec mon équipe et mes partenaires pour faire évoluer mon fauteuil. En fonction des surfaces c’est essentiellement sur les petites roulettes que les réglages se font. La taille ainsi que la résistance au frottement de ces petites roulettes. Avec ce nouveau fauteuil la taille des roulettes a même été largement élargie, ce qui offre moins de résistance au roulement avec un modèle pour surface dur, et un autre modèle de roulettes pour l’herbe et la terre battue. Du coup on a déjà anticipé pour le tournoi de Wimbledon cette année.

Quel a été le temps de développement et le coût associé ?

Oula pffff (rires). Il y a eu plus de 2000 heures de travail ne serait-ce que sur la production du fauteuil mais en faisant abstraction des travaux réalisés avant et de la conception sur les précédents fauteuils. Et le coût avoisinent les 200 000€ à raison de 100€ de l’heure de conception/production. Un vrai job d’ingénieur mais qui est nécessaire.

Comment est financée cette R&D ?

On a pu financer le projet en équipe avec Corima le fabricant / concepteur et mon prothésiste. C’est à la fois un projet technologique mais aussi sur lequel on cherche à faire de l’image, promouvoir mon sport, faire de la pédagogie autour de la globalité du projet. Raconter une histoire et dire que rien n’empêche pas la performance dans le sport et que tout est possible.

Quelle a été ta période d’adaptation à cette nouvelle posture ?

J’ai mis un certain temps oui. Ca a nécessité bien plus de réglages que je ne pensais. En fait, on est encore en train de travailler sur des petits détails mais c’est vraiment intéressant. C’est tellement nouveau, ma position est tellement différente de mes fauteuils précédents que l’adaptation n’était pas évidente. On y travaille et j’ai de bons ressentis. Je vais plus vite sur le court, j’ai plus de vélocité, je sens le fauteuil super réactif, mais la différence est tellement énorme avec mon fauteuil d’avant que ça prend du temps de bien se régler. Les performances vont venir j’en suis sûr.

Je vois beaucoup de jalousie…c’est bien dommage car ma démarche est liée à la performance et à l’amélioration continue de notre sport.

Quels matériaux composent le fauteuil ?

Le fauteuil est tout en carbone ce qui est une première. Il est aussi pleins d’autres innovations technologiques comme par exemple les roulettes qui sont totalement escamotables ce qui permet de suivre le mouvement en permanence alors que les roulettes des autres vont avoir un mouvement de rotation dans l’air, mes mains courantes sont ajustées à la forme de mes mains. Mes roues sont fixées sur mon fauteuil alors que celles des autres disposent de fixation rapide ce qui provoque du jeu et peu d’ajustement. C’est clair que c’est complètement révolutionnaire pour notre sport.

En quoi la nouvelle position adoptée est-elle novatrice dans le tennis ?

Elle est novatrice car pour la première fois un joueur utilise son bassin dans le mouvement. Pour l’instant il y autant de bruit du côté des gens séduits que des nombreux détracteurs estimant que cette position n’est pas conforme à la règle, qu’elle m’avantage, qu’elle n’est pas juste alors que tous les autres joueurs sont assis.

Ton fauteuil fait débat ?

Oui. Certains militeraient même pour que je ne puisse plus utiliser ce fauteuil, qui est pourtant totalement en respect des règles internationales de tennis-fauteuil. Je vois beaucoup de jalousie, mais je n’ai encore jamais eu de vrais échanges sur le sujet avec d’autres joueurs qui seraient contre et je le regrette. Je n’ai que des échos des plaintes de l’ITF et mes deux coups de pénalité en Australie. Mais quand on regarde les images on rigole et tout le monde se demande quelle mouche a piqué l’arbitre. C’est bien dommage car ma démarche est liée à la performance et à l’amélioration continue de notre sport.

J’espère que dans quelques années on considérera cette évolution sur laquelle nous avons travaillé comme une chose positive.

Mais pourtant ton fauteuil est dans les respects de la règle de l’IFT ?

Oui mais même avec ça j’ai quand même eu ces 2 points de pénalités en Australie. Les gens ont imaginé que je m’étais soulevé, que j’avais soulevé mes fesses du fauteuil, ce qui est interdit, mais impossible puisque je suis à genoux à 90° et que je n’ai aucun débattement. Ca fait débat alors que ça ne devrait pas. C’est certainement une question de temps. J’invite quiconque qui se poserait la question à se mettre à genoux avec un angle fémur tibia de 90 degrés, à se mettre une bouteille pour mimer la selle entre les jambes et ensuite à essayer de se soulever jusqu’à ne plus toucher la bouteille. C’est physiquement impossible puisqu’on ne peut pas faire de mouvement en étant à 90 degrés.

Un peu comme tout changement radical dans un sport ?

Je pense par exemple au saut en hauteur de Fosbury, qui a été critiqué et qui fait partie de l’histoire maintenant. J’espère que dans quelques années on considérera cette évolution sur laquelle nous avons travaillé comme une chose positive, comme un changement moteur pour le tennis-fauteuil. Ça reste un sport jeune et je suis persuadé que de nouveaux joueurs essayeront cette position, apprendront à jouer dans cette position.

Quelle est la durée de vie matérielle de ton nouvel équipement ?

Aucune idée pour le moment mais le plus longtemps possible je l’espère. Les consommables sont changés régulièrement. (boyaux des roues, les roulements, etc.)

Stephane Houdet Interview

Je présume que la logistique est une contrainte également dans ton sport ?

Je n’ai qu’un fauteuil comme la plupart des joueurs. Un fauteuil de compétition et un fauteuil de ville. Mais avec ce nouveau fauteuil j’ai aussi fait réaliser une boite de transport spéciale pour voyager sans risque. Le fauteuil est en carbone. C’est très fragile en cas de choc. Jusqu’à aujourd’hui je croisais les doigts dans les aéroports pour ne pas arriver sur un tournoi avec le fauteuil ayant pris des coups. Là je suis vraiment tranquille.

Tu joues également avec la Babolat Aeroplay ? Est-ce que cette raquette connectée t’apporte des infos essentielles sur ton jeu ?

Oui je joue en Babolat depuis plusieurs années maintenant. J’ai joué en AeroPro et maintenant avec la raquette connectée. J’ai pu tester toutes les versions. Je regarde régulièrement mes statistiques de jeu c’est intéressant.

As-tu pu progresser techniquement ? Apprendre sur ton jeu ?

L’analyse de la donnée m’a surtout servi dans mes choix de cordages. Je jouais en RPM Blast tendu à 20kgs et par exemple j’ai pu tester et valider du cordage boyau, tendu à 25kgs ce qui me correspond mieux. J’étais descendu très fort à la suite d’une blessure mais là j’ai remis de la tension, et j’ai rechangé l’équilibrage de ma raquette en manche. Je trouvais que les balles volaient un peu. Au début je n’arrivais pas à jouer avec la Babolat Play, j’arrosais de partout, les balles volaient (rires) mais ils ont pu retravailler et rééquilibrer la raquette pour moi. Tout va pour le mieux.

Tu joues aussi sur le court technologique de Roland Garros il me semble ?

Oui c’est une chance. Ça permet vraiment d’apprendre sur mon jeu, d’améliorer des détails. J’ai tout un tas d’infos sur la vitesse, les effets, les déplacements. Les déplacements sont critiques en tennis fauteuil car c’est une forme de logique par rapport aux trajectoires de la balle et donc du fauteuil, pour le coup joué et à jouer.

Imagines-tu les mêmes outils d’analyse intégrés à ton fauteuil comme un gyromètre ?

On regarde beaucoup de vidéos sur le sujet, on se renseigne. On essaye d’imaginer la suite, de réfléchir à l’évolution du sport qui est encore très jeune. Même si je suis numéro 1 mondial aujourd’hui, je considère que j’ai encore plein de choses à apprendre.

J’estime avoir un rôle pédagogique, je pense que ça fait aussi partie de mes missions.

Au niveau des sponsors aujourd’hui ? C’est ta principale source de revenus ? Comment gères-tu la relation avec les sponsors ?

Je suis engagé par le ministère de la défense, je fais partie du pool de sportifs de haut niveau. J’ai également un autre statut, je suis conseiller sport et handicap au centre national des sports de la défense. Les sponsors aussi me permettent de financer mes saisons en plus du prize money. A date je n’ai pas d’agent par exemple, je travaille avec des amis, dans une relation de confiance, qui me permet de pratiquer et de faire avancer mon sport sereinement.

On sent que la pédagogie est omniprésente pour toi ?

Pour moi c’est important de communiquer, de faire savoir, de promouvoir mon sport éthiquement parlant. Je pense toujours aux enfants en fauteuil roulant qui rêvent de sport et qui doivent savoir qu’il est aujourd’hui pour pour eux aussi de vivre de leur passion, du sport. J’estime avoir un rôle pédagogique, je pense que ça fait aussi partie de mes missions. Si quelqu’un a besoin de se reconstruire c’est important de pouvoir avoir des exemples. Ça a été mon cas. J’avais vu un kiné qui était venu me voir sur mon lit d’hôpital, me montrant qu’il arrivait à exercer avec ses différences et ça m’a motivé, ça m’a permis de voir en face tout ce qu’il était encore possible de faire, pas uniquement des paroles mais des actes concrets.

A propos Cedric | Smash-Marketing.fr

Chef cordage sur Smash-marketing.fr :)

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