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Interview de Grégoire Gentil, inventeur de In/Out Tennis

Grégoire Gentil est un ingénieur se qualifiant lui même de Géo Trouvetou, en rapport à l’inventeur prolifique des studios Disney. Diplômé de l’Ecole Polytechnique et de Stanford il est l’inventeur de In/Out, caméra intelligente pour le tennis conçue en Californie ou il vit depuis 20 ans. Pouvant se substituer à l’arbitre et détecter les fautes et points gagnants à la manière d’un Hawk-Eye, In/Out est en revanche conçu pour le joueur de tennis lambda…et ainsi éviter de nombreuses disputes sur les courts de tennis du monde entier. Une révolution ?

Bonjour Grégoire, merci de nous accorder cette interview. Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis originaire de Paris. Dans les années 90 je suis parti aux Etats-Unis réaliser un master à Stanford à la toute fin de mes études. J’ai ainsi découvert la Silicon Valley à une époque formidable pour l’électronique et l’informatique et je n’en suis jamais vraiment parti. Tout jeune, je bidouillais avec un apple IIe et un macintosh à la maison. J’ai découvert l’électronique à l’époque où les calculatrices commençaient à être performantes et innovantes. J’ai écrit un CD-ROM au musée du Louvre puis je suis donc allé à Stanford pour finir mes études ou j’ai créé ma première startup dans le dortoir même, pour payer mes frais de scolarité ! Il s’agissait de logiciel pour le PalmPilot, l’ancêtre du SmartPhone. Cela fait réellement 15 ans que je vis ici dans la SIlicon Valley, développant différentes entreprises et innovations.

Faire ce job de Géo Trouvetou qui me passionne tant

Tu te considères donc comme un inventeur et un entrepreneur aujourd’hui ?

Depuis maintenant 7, 8 ans, je me suis focalisé sur des inventions, et aime me considérer comme un Géo Trouvetou, en rapport à l’inventeur farfelu mais génial de Picsou. Inventeur qui parfois invente des choses extraordinaires et parfois loufoques. J’ai beaucoup d’idées très bonnes mais aussi très mauvaises (rires), avec certains déchets mais j’ai tout de même designé des produits qui ont annoncé de nouvelles catégories de produits.

in out gregoire gentil tennis

Dans de nombreux domaines ?

Dans de nombreux domaines oui, mais avec une ligne conductrice pour moi, que de développer des innovations orientées consommateurs, toujours accessibles avec des prix raisonnables. C’est une constante dans mes innovations. Aussi, j’aime bien réutilisé les technologies développées dans mes innovations précédentes pour aller plus vite dans la phase de développement.

L’invention est donc ton activité principale aujourd’hui ?

Inventeur est mon activité principale avec quelques revenues de royalties. Je fais aussi du consulting en hardware et software. J’ai aussi par le passé pu vendre une de mes précédentes startups à Cisco, grand groupe Telecom, et donc j’arrive à être autonome et faire ce job de Géo Trouvetou qui me passionne tant.

Que représente le tennis pour toi ?

J’ai toujours été joueur de tennis, un passionné. Je joue depuis mon enfance, suis allé à Roland Garros chaque année étant petit. J’ai été élevé sur terre battue ou je jouais à l’ASPTT. Je regarde fréquemment les matches homme et femme à la télévision.

In/Out, en deux mots, c’est prendre une GoPro, la mettre sur le poteau du filet et la rendre intelligente.

Comment transposer cette passion en un projet donc ?

J’ai probablement cette compréhension poussée de l’électronique embarqué, et j’aime réfléchir aux problématiques de comment les technologies peuvent s’appliquer à ma vie de tous les jours. L’idée m’est donc venue en jouant au tennis. Existerait-il un système similaire au Hawk-eye, mais pour le joueur du dimanche, accessible et paramétrable facilement ? C’est le défi que je me suis fixé. Avec comme idée de pouvoir produire un device au prix d’une raquette de tennis.

Comment en es-tu arrivé à In/Out ?

Généralement ce que j’essaye de faire c’est de capitaliser sur mes innovations précédentes. Sur In/Out, la principale capitalisation provient d’un drone qui était capable de suivre une personne, basé sur la vidéo. Pas sur le gps mais bien sûr de la reconnaissance d’image par l’ordinateur. J’ai réutilisé un certain nombre d’algorithmes que j’exploitais dans le drone pour ce système. La détection des joueurs utilise ce même algorithme que j’avais codé.

Tu es donc convaincu du potentiel de ce produit ?

Oui car ça n’existe pas d’une part et ce qui m’intéresse est de pouvoir inventer quelque chose d’innovant, utile et accessible pour tous. Quand on voit le nombre de joueurs de tennis, et les premiers retours que j’ai pu avoir, c’est excessivement prometteur

Penses-tu que In/Out puisse être en concurrence avec les systèmes « professionnels » ?

Pas vraiment car sur l’approche grand public il n’existe pas de solution personnelle. Le système Hawk Eye est certes très performant mais coûte plus de 60 000 dollars à installer, en plus de monopoliser de lourdes ressources pour l’installation et l’exploitation. Playsight est aussi entré dans cette voie mais avec un système complexe, lourd et qui cherche à faire beaucoup d’argent auprès des clubs. Tout comme Mojjo qui est sur ce marché du système fixe pour les clubs.

Peux-tu nous présenter rapidement In/Out ?

In/Out, en deux mots, c’est prendre une GoPro, la mettre sur le poteau du filet et la rendre intelligente. C’est un système avec 3 fonctionnalités principales. L’enregistrement de la vidéo pour regarder ses matchs, avoir des statistiques de jeux, et la principale fonctionnalité, annoncer en temps réel si une balle est bonne ou faute par le biais d’un signal lumineux et sonore. In/out est un système compatible avec tous les courts de tennis du monde, facile à installer et démarrer en moins d’une minute.

Tu parlais plus tôt des statistiques de jeu. Ton système vient-il challenger les capteurs de raquettes/poignet ?

Ces technologies sont assez intéressantes dans la mesure où la technique et le tennis se rejoignent. La vitesse de frappe et le spin sont des informations intéressantes certes, mais l’information essentielle selon moi c’est tout de même de savoir où va la balle, si elle est bonne ou non, si je déplace mon adversaire, si je joue court, long, etc. A mon sens, ce sont ces statistiques qui sont intéressantes. Ces capteurs de raquettes sont donc limités. Je crois que c’est ce que dit aussi le marché.

Tu n’es pas passé par la case crowd-funding pour ton innovation ? Pourquoi ?

Je suis persuadé que j’aurais pu lever pas mal d’argent via kickstarter par exemple mais je souhaitais d’abord me concentrer sur la livraison du prototype fonctionnel, ok pour production, sans bug. Je ne souhaite pas être déceptif. J’ai une petite page de donation mais ça s’arrête là pour l’instant. Je réfléchis éventuellement à le faire plus tard mais je n’en ai pas la nécessité absolue dans l’immédiat.

J’ai dû réaliser des dizaines de versions électroniques…des centaines d’itérations de la partie mécanique…des millions de lignes de code…

Peux-tu nous parler des étapes de conception de ton produit ?

Depuis 18 mois je suis focalisé principalement sur ce produit. Comme je l’expliquais, j’utilise la technologie de mes précédentes innovations, je ne suis pas parti de rien. Je travaille plus ou moins tout seul, j’ai un réseau de consultants avec qui je travaille depuis quelques années. Que j’exploite lorsque j’ai besoin d’une expertise particulière, pointue, ou si je souhaite gagner du temps.

Quelles ont été les étapes franchies en 18 mois ?

J’ai tout d’abord démarré sur le premier prototype avec 2 caméras scotchées à un poteau de filet. J’ai démonté mon drone, collé ces caméras au poteau du filet, raccordé mon ordinateur et commencé les premiers tests. Commencer à récupérer de la vidéo pour pouvoir travailler sur le calibrage de la reconnaissance vidéo, reconnaitre les lignes, les joueurs, la balle. Travailler offline sur des algorithmes. Ensuite c’est un travail quotidien, sur mon ordinateur, sur les courts de tennis pour améliorer et débugger le système en direct. J’ai pu accéder à des courts, à une machine à envoyer des balles pour faire en sorte de bien calibrer le système. Cela m’a pris beaucoup de temps. Enrichir le système, tous les jours, fixer les différents problèmes, résoudre les cas pratiques sont des étapes cruciales à passer sur la partie logicielle et mécanique.

Ensuite est donc venu le design du produit en tant que tel ?

L’électronique est absolument le point essentiel. J’ai dû ensuite commencer à travailler le boitier il à y 6-9 mois, faire des systèmes d’attachement, pour faire quelque chose de suffisamment simple, qui s’adapte aux différents poteaux, ronds, carrés…

Un travail énorme que tu qualifies comment sur ces 18 mois ?

J’ai dû réaliser des dizaines de versions électroniques en termes de hardware, produire des centaines d’itérations de la partie mécanique, le boitier sur mon imprimante 3D, et compiler des milliers de fois les millions de lignes de code. Non, je n’exagère absolument pas sur les nombres.

Ton produit est désormais prêt à la Fabrication ?

Je suis en train de finir d’optimiser le hardware mécanique et électronique pour mettre en production en effet. La production sera faite entre la chine et les USA. J’étais récemment à Shenzhen pour travailler au process de fabrication justement. Je suis en train de tout planifier. Une partie de la production sera réalisée également localement, en Californie, pour des raisons de maîtrise et de délais. Les premières séries devraient être livrées cet été si tout va bien.

Le succès, c’est si je vais un jour dans un club de tennis et que je vois deux joueurs en train de jouer avec un In/Out et qu’ils ne sont pas en train de se disputer…

A quel prix ?

A 199 dollars ou 199 euros, en prix public conseillé. C’est facilement maintenant avec le taux de change à 1 ! C’est important pour moi. Comment faire un device au prix d’une raquette. C’était ça mon objectif initial.

Et ce système est donc fonctionnel ?

Absolument. J’ai encore du travail sur la partie logicielle, mais le système pourrait sortir en beta et être ensuite mis à jour par les utilisateurs eux même, le boitier étant composé d’un accès micro usb et même d’une micro sd. On peut associer le téléphone et ainsi faire les mises à jour ultérieures à la manière d’un téléphone, d’une GoPro.

in out camera intelligente tennis

Penses-tu que des copies de ton idée vont apparaître ?

Je ne sais pas mais clairement, je compte bien défendre becs et ongles mon innovation. Cela fait 15 ans que je suis dans la Silicon Valley, je sais donc parfaitement comment le système des brevets marche, même si je n’en approuve absolument pas la philosophie. J’en ai certains déjà validés et d’autres en cours de validation et je compte bien protéger mon innovation quel que soit le contrevenant.

Quels sont tes objectifs ?

J’ai deux jalons à l’été et à la fin d’année. Avec un premier lancement aux USA, puis de voir comment les choses se déroulent. J’ai clairement des idées de déployer ce système plus globalement pour d’autres sports : j’ai déjà reçu de nombreuses demandes. Le succès, c’est si je vais un jour dans un club de tennis et que je vois deux joueurs en train de jouer avec un In/Out et qu’ils ne sont pas en train de se disputer pour savoir si la bonne est bonne ou pas !

Peux-tu nous parler de ta stratégie de communication. As-tu déjà activé des choses ?

Je cherche pour l’instant à créer un peu de buzz et je fonctionne pour l’instant beaucoup avec des contacts presse comme vous. J’ai la chance d’avoir une belle visibilité par les différents articles relayant In/Out. J’ai aussi des premiers échanges avec des marques et des distributeurs pour évaluer les opportunités de business mais je n’en suis qu’au début de ce côté-là.

A l’instar d’autres marques, as-tu en tête une réflexion autour d’ambassadeurs ?

J’aimerais en effet que des joueurs professionnels puissent tester et approuver mon système. Si certains d’entre eux ou elles vous lisent, qu’ils ou elles me contactent. Je suis un grand amateur de tennis féminin, je suis à l’écoute (rires) ! Je travaille sur différentes pistes également déjà identifiées mais je ne peux en parler pour l’instant.

Qu’en est-il de la promotion via le digital ?

Je réfléchis aussi à cette forme de promotion virale que j’espère maximum dans un premier temps. Ce serait pour moi le meilleur moyen pour atteindre un maximum de joueurs de tennis et surtout de bien faire comprendre ce qu’est In/Out via les vidéos que j’ai pu déjà réaliser par exemple et que tu peux retrouver sur mon site.

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1 commentaire

  1. clement.griffon@gmail.com'

    J’aurais adoré inventé ce système. Je trouve tellement top car on peut se tromper de bonne foi. Là, plus de problème même si la machine a un % d’erreur minime (comme le Hawk Eye). On s’en remet à un arbitre et on a l’esprit plus libre.

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