Contenu financier sur les réseaux sociaux : règles, obligations et risques pour ceux qui créent du contenu d'investissement

Contenu financier sur les réseaux sociaux : règles, obligations et risques pour ceux qui créent du contenu d’investissement

Les médias sociaux jouent aujourd’hui un rôle central dans la diffusion et le partage d’informations sur les marchés financiers et les stratégies d’investissement, à un moment historique qui voit les investisseurs particuliers s’orienter de manière indépendante dans la définition de leurs investissements.

Mais que se passe-t-il lorsqu’un article, une bobine ou une histoire devient quelque chose de plus qu’une simple opinion ?

La frontière entre le contenu de l’information et la recommandation d’investissement est plus mince qu’on pourrait le penser, et les conséquences de la franchir peuvent être graves.

Le cadre réglementaire européen est clair : le règlement sur les abus de marché (MAR) forme avec le règlement délégué 2016/958 et MiFID II un système de règles qui protège l’intégrité des marchés.

MiFID II réglemente les intermédiaires professionnels, tandis que MAR va plus loin : elle s’applique à toute personne diffusant des recommandations financières, même sans être un professionnel du secteur.

Cela signifie que même les soi-disant fin-influenceurs, les créateurs de contenu et toute personne partageant du contenu financier via des moyens de communication largement répandus auprès du public peuvent tomber dans le périmètre réglementaire.

Qu’entend-on par recommandation d’investissement

En fait, MAR définit largement ce qu’est une recommandation d’investissement : toute vidéo ou communication publique, y compris celles diffusées via les réseaux sociaux, dans laquelle sont fournis des conseils ou des idées, directement ou indirectement, sur l’achat ou la vente d’un instrument financier ou sur la composition d’un portefeuille d’investissement peut constituer une recommandation.

Il en va de même pour les messages publics contenant des opinions sur le prix futur d’une action ou d’un autre instrument financier.

L’évaluation doit être faite au cas par cas, en examinant le fond du message, et non la forme ou le canal utilisé.

Le rôle de la langue et du contenu éducatif

Même l’utilisation d’un langage non technique n’exclut pas la possibilité qu’une recommandation d’investissement soit publiée.

Pour les contenus à caractère pédagogique, il est conseillé d’utiliser des données historiques et des exemples passés afin de ne pas inciter les investisseurs à fonder leurs choix sur ces informations, tout en évitant de recommander des stratégies d’investissement ou d’exprimer des appréciations sur le prix présent ou futur d’un instrument financier ou sur la commodité de l’acheter à un moment donné.

Quand le contenu déclenche des obligations de transparence

Lorsqu’un contenu est classé comme recommandation, des obligations de transparence spécifiques sont déclenchées.

À cet égard, le cadre MAR identifie un ensemble général d’exigences applicables à tous et quelques exigences supplémentaires applicables aux professionnels et aux experts.

Concernant les exigences générales, il est attendu que toute personne produisant des recommandations doit inclure, entre autres, l’identification des producteurs (nom et qualification de toutes les personnes physiques impliquées dans la définition de la recommandation), la date et l’heure de la recommandation, une présentation objective des informations distinguant clairement les faits des interprétations et opinions.

Professionnels, experts et obligations plus strictes

Le niveau de complexité des obligations augmente pour ceux qui entrent dans les catégories de « professionnels » (y compris les analystes indépendants, les sociétés d’investissement et les établissements de crédit) et d’experts, c’est-à-dire les personnes qui proposent à plusieurs reprises des décisions d’investissement en se présentant comme possédant une expertise ou une expérience financière ou qui sont perçues comme telles.

Des exigences supplémentaires s’appliquent aux deux catégories, notamment : un résumé de la méthodologie d’évaluation, la durée de l’investissement, les avertissements sur les risques et la fréquence des mises à jour.

Les sanctions prévues par MAR

En cas de violation du régime de recommandation d’investissement, des sanctions pouvant aller jusqu’à 500 000 euros pour les personnes physiques et jusqu’à 1 million d’euros pour les personnes morales peuvent s’appliquer, entre autres.

Parce que connaître le périmètre réglementaire est essentiel

Dans un écosystème numérique où la frontière entre information et recommandation est de plus en plus floue, connaître le périmètre réglementaire n’est pas seulement une question de conformité, mais une responsabilité envers ceux de l’autre côté de l’écran qui prennent des décisions pouvant impacter leur avenir financier.

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Cet article est édité par Nunzia Melaccio, associée, Osborne Clarke et Giovanni Luca Andriolo, associé junior, Osborne Clarke.

Nunzia Melaccio s’occupe du droit des services financiers et bancaires depuis plus de vingt ans et est responsable du département italien de réglementation financière et bancaire du cabinet d’avocats international Osborne Clarke, qui comprend également Gianluca Andriolo, qui opère avec un accent particulier sur les fournisseurs de services d’investissement et de crypto-actifs.

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Sources