La vision clé et les leçons de leadership de Simone Dominici, PDG de Kiko Milano
Simone Dominici a traversé trois mondes qui cohabitent rarement dans une seule carrière : les biens de consommation, avec la discipline des chiffres et des processus ; le luxe, où la sensibilité et l’immatériel comptent ; et enfin la beauté, synthèse idéale de la science et de l’imagination.
Il est aujourd’hui PDG de Kiko Milano, un rôle qui incarne parfaitement cet équilibre.
Son histoire est marquée par des choix courageux, des étapes complexes, des erreurs transformées en apprentissage et un leadership profondément axé sur les personnes. Dominici a construit une méthode : partir des données pour avoir de la solidité, puis s’appuyer sur l’intuition pour générer ce qu’il définit inattendul’inattendu qui crée un avantage concurrentiel.
Dans cette interview, nous revenons sur les défis les plus importants, les leçons de marketing et les leçons de leadership qui ont défini son parcours.
Quel a été le plus grand défi de votre carrière et qu’est-ce que cela vous a appris sur le leadership ?
L’une des plus complexes a été lorsqu’Unilever m’a confié la marque Bertolli au niveau mondial. J’ai dû créer une équipe internationale en Italie et convaincre des talents de différentes cultures de rejoindre le projet sans le percevoir comme « uniquement italien ». Cela nécessite une écoute active, une sensibilité culturelle et la capacité d’introduire des perspectives lointaines dans le dialogue.
Un autre grand défi est arrivé chez Coty, en 2018. Je me suis lancé dans la beauté sans aucune expérience dans le secteur et je me suis retrouvé à diriger des directeurs nationaux beaucoup plus expérimentés.
Dans ces contextes, vous ne pouvez pas utiliser une autorité formelle : vous devez apprendre rapidement, comprendre le secteur et en même temps apporter une valeur concrète aux personnes que vous dirigez.
Le leadership, dans ces moments-là, signifie mettre les autres en position de gagner.
L’affaire Cookie Snack est devenue une anecdote célèbre : qu’est-ce qu’elle vous a réellement appris sur le marketing et l’humain ?
C’est une leçon qui vaut plus que de nombreux cours de marketing. Il fallait augmenter la rentabilité du Cookie Snack : il y avait des pépites de chocolat en surface ce qui générait beaucoup de déchets en production. Je propose une solution techniquement parfaite : les insérer directement dans la glace.
Le produit fonctionne, les groupes de discussion l’approuvent, la rentabilité augmente. Mais sur le marché… les ventes s’effondrent.
La vérité était simple : les gens aimaient lécher les pépites de chocolat en surface. Je leur avais enlevé le geste qui rendait cette glace spéciale.
La leçon est claire : n’écoutez pas le consommateur pour confirmer votre idée, mais pour bien comprendre ce qu’il veut. Et surtout : ne tombez pas amoureux de vos solutions. Le marketing ne consiste pas à optimiser un produit, il s’agit de protéger une expérience.
Comment gagnez-vous en autorité lorsque vous dirigez des personnes plus expérimentées ou plus expérimentées que vous ?
Il faut avant tout des compétences, mais cela ne suffit pas. Vous devez être capable de relier des points que les autres ne voient pas encore. Lorsque vous offrez une nouvelle perspective qui aide quelqu’un à mieux performer, alors le respect naît.
Un directeur général est une personne très compétitive. Si vous l’aidez à gagner, il reconnaît votre valeur. C’est là que naît cette forme de amour professionnel: Vous avez contribué à révéler son talent.
L’autorité n’est pas imposée. Elle se construit en ajoutant de la valeur.
Quelles sont les différences les plus importantes entre diriger une entreprise multinationale et travailler avec un entrepreneur ?
Ce sont deux mondes opposés.
Dans une entreprise multinationale, il existe une immense infrastructure composée de présentations, de processus et de politique interne. C’est parfois ce que j’appelle « faire du cinéma ». Il faut consacrer du temps à gérer la machine, pas seulement l’entreprise.
Avec un entrepreneur, tout est différent : il veut de la clarté, de la cohérence et de l’exécution. Ils ne se soucient pas de la forme, mais de savoir si vous faites ce que vous avez promis et si cela donne des résultats.
Le leader doit être capable de reconnaître les deux logiques et d’agir en conséquence, sans perdre en authenticité.
Lors de la prise de décisions stratégiques, quelle est l’importance des données et de l’intuition ?
Je pars toujours des données. Ils me servent de base solide, ils me donnent de la sécurité. Mais si on s’arrête à l’analyse, on arrive là où tout le monde arrive, parce que tout le monde analyse.
La différence est l’intuition. La partie créative qui permet d’imaginer quelque chose que le marché n’a pas encore vu. C’est pourquoi la beauté est parfaite pour moi : elle réunit la science et l’art.
Le but est toujours de créer quelque chose inattenduquelque chose qui surprend et brise le schéma.
Quelle est la principale leçon que vous souhaiteriez laisser à ceux qui souhaitent aujourd’hui évoluer en affaires et en leadership ?
Investissez du temps dans la compréhension de votre talent. On ne peut pas être bon dans tout. La croissance ne vient pas de l’élimination des défauts, mais de la valorisation de ce qui vous rend unique.
Une fois le talent identifié, il doit être entretenu avec discipline, curiosité et détermination. Tous les jours. Et puis acceptez vos vulnérabilités : elles ne sont pas un problème, elles font partie de qui vous êtes. Un leader qui reconnaît ses limites crée de la confiance et des liens.
La différence, dans la carrière et dans la vie, c’est toujours le talent.
